lundi 18 juillet 2011

Ocean Drive, le boulevard de la frime sur l'île globale

Il y a Miami et il y a Miami Beach.
Miami Beach est une île avec une très longue plage de sable blanc. Une à deux rues intérieures la parcourent du Nord au Sud. Le même dispositif de principe se prolonge sur plusieurs dizaines de miles : océan Atlantique / plage / tours / route / ilots bas / tours / quais / Baie de Miami. La plage et les quais sont accessibles ou non, selon les cas et selon les programmes immobiliers. Des variations se produisent bien-sûr et se glissent parfois une voie publique et un parc entre la plage et le premier front. Plusieurs séquences du nord vers le sud : North Beach, Mid Beach et South Beach.
L’accès principal à l’île se fait par la MacArthur Causeway depuis le Downtown. Au point d’arrivée de ce boulevard est installée une de ces variations fameuses évoquées plus haut : la route du littoral de Ocean Drive.
Ocean Drive est un oasis, un Ibiza américain. La population de cette avenue est un spectacle en soit : éphèbes bodybuildés, fils de famille friqués et nonchalants, nymphes échappée d’un tournage de film pour adultes, rappeurs blings-blings, touristes à banane, jeunes de banlieue franciliens… Tout ce qui roule et épate se retrouve sur la chaussées et une musique sourde sort à plein tubes de larges décapotables rose bonbon qui avancent au ralentis. Sur les terrasses les daiquiris et mojitos sont servis dans des seaux.
"Tu verras à Miami ce qui est bien c’est le quartier Art-Déco" nous avait-on dit. Et c’est vrai que ce dernier est bien là. Souvent très beau et bien conservé il a parfois subis des outrages. Sur Lincoln road une façade historique des années 20 cache tant bien que mal la méga-structure d’un parking. Ailleurs il est abandonné, partout il a été copié et les bâtiments post ou néo-modernes pullulent.
Plus au nord l’avenue devient un parkway, les densités et les typologies deviennent chinoises, la plage n’est presque plus accessible. Miami Beach est une destination de vacances globale.











dimanche 17 juillet 2011

Calle Ocho : la Little Havana de Miami

Pour certains, Fidel Castro fait figure de bienfaiteur. La ville de Miami aurait même pu prendre le Leader Maximo comme parrain tant la révolution de janvier 59 et les années qui ont suivies ont eu des conséquences positives.
Avec la mise en place de l’embargo, le flux financier important (et parfois douteux) qui irriguait l’île et avait contribué à la transformer en lupanar américain s’est reporté à 90 miles au Nord, dans la région métropolitaine de Miami. Ensuite, en plusieurs vagues mais selon un rythme qui ne s’est jamais tari, une importante immigration cubaine s’est implantée à Miami. Chaque "réfugié" cubain foulant le sol des Etats-Unis étant inexpulsable, la tentation était suffisamment forte pour que quiconque possédait un bateau et était désireux de quitter le pays soit tenté par la (petite) traversée.
Le fonctionnement des villes américaines ainsi que la mise en place de nécessaires réseaux économiques de proximité encourage la création de ghetto dans les villes américaines. A partir des années 60, le regroupement des cubains se fit autour de la South West 8th Street (SW 8th st.) de Miami. Celle-ci reçu le sobriquet de Calle Ocho et le quartier fut désigné sous l’appellation de "Little Havana" (auparavant Shenandoah et Riverside neighborhoods).
La calle Ocho débute à l’ouest du Doxntown Miami et se poursuit rectiligne pendant une petite dizaine de miles. Là-bas elle se perd dans la frange urbaine, les premiers marais puis le parc national (et classé) des Everglades.
Le parc où de vieux messieurs jouent au domino est entourés de restaurants et de boutiques cubaines. Les bâtiments sont bas, les maisons qui débutent un bloc après la rue sont modestes mais souvent bien aménagées.
Plus à l’est les marchands de pneus succèdent aux réparateurs automobiles. De petits motels affichent fièrement leurs atouts : « air conditioning and adult movies ».
Après il y aura une autoroute, des quartiers périphériques agglomérant de façon ordonnées des espaces commerciaux et des alignements de maisons. Plus loin encore, tout contre les marais dont émergent des arbres morts, les surfaces de vente les plus grandes.
S’ouvre ensuite le royaume des alligators et des aéroglisseurs, des moustiques et des mangroves.

En 2011, Little Havana comptait une population hispanique à 98%. La part de la population d’origine cubaine a sensiblement décrue au profit d’autres immigrés d’Amérique du Sud et Centrale (principalement du Nicaragua) qui utilisent à leur tour ce ghetto comme une porte d’entrée.
Les intérêts cubains, parfois les fortunes, se sont déplacées dans des banlieues propres. « They own the city » nous répète-t-on souvent.











Ailleurs en ville, l’histoire latino américaine de Miami continue de s’écrire et l’identité de la ville de s’ancrer toujours d’avantage vers le sud. Quiconque réussi en Amérique latine rêve d’avoir un pied à terre à Miami, quiconque craint les volontés redistributrices de son gouvernement vient mettre à l’ombre sa fortune à Miami. Le marché de l’immobilier reste plus dynamique ici que dans le reste des Etats-Unis : les nouveaux acheteurs viennent du Brésil et du Venezuela.

samedi 16 juillet 2011

Downtown Miami : le Metromover

Downtown Miami, quartier de tours presque comme les autres dans cette grande ville américano-latine. Même grille modulaire, ici les façades sont plus vitrées mais l’ambiance est tout aussi désertique en dehors des heures de bureaux ; mono-fonctionnalisme oblige.
Mais ce Downtown là a une particularité : le Metromover.
Mis en service en 1986 puis étendu en 1994, il est constitué de trois boucles entremêlées qui irriguent le quartier et relient les bâtiments institutionnels. Le système automatique comporte 22 stations perchées au deuxième étage des buildings. Il permet chaque jour (ouvrable) à 30.000 passagers de circuler de façon fluide dans cet ensemble dense. Les changements se font à l’air libre sur les mêmes quais. Le matériel roulant est constitué de petites voitures sur pneu roulant sur un monorail. L’ensemble est relié au métro de Miami et bientôt à l’aéroport.
Le trajet coutait 25 cents jusqu’en 2002 où le système est devenu gratuit. De janvier 2010 à janvier 2011, avec l’augmentation des prix de l’essence, le trafic du Metromover se serait encore accru de 7%.
Même dérisoire à l’échelle des transports dans le grand Miami, ce système efficace fait figure de prototype futuriste et mérite d’être souligné. Les perforations qu’il génère dans les immeubles qu’il traverse sont autant de mise en scène démonstrative d’une modernité qui ici reste un idéal.






vendredi 15 juillet 2011

Miami garden-city : The Coral Gables

From 25 Miami Coral Gables

George Edgar Merrick (1886–1942), développeur immobilier, appartient à l’histoire du premier boom immobilier de la Floride. De 1920 à 1930, il a inventé, promu et construit l’une des premières communautés planifiées américaines, préfigurant pour certains les gated communities : Coral Gables un ensemble aujourd’hui intégré à la ville de Miami.
Après s’être consacré dans les années 10 au développement routier de Miami, en tant que commissaire du District 1, George E. Merrick se lance en 1922 dans l’édification d’un projet immobilier d’une ampleur encore inconnue. Sur près de 3000 acres (1,2 km²) de plantations de citronniers et de pins que lui cède son père, il entreprend de bâtir une ville d’inspiration méditerranéenne (alors qu’a priori il ne connaissait pas l’Europe) librement inspirée du mouvement des "City Beautiful". Passionné par les beaux arts et dotés de goûts esthétiques très tranchés il impose son style : des architectures détaillées inspirées de modèles espagnols et italiens.
Traversées d’avenues et de parkways (qui reçoivent dès l’origine des noms espagnols), dotées de plusieurs golfs, d’un quartier des affaires, d’un hôtel de ville, d’un hôtel de Luxe, sa cité est accessible par plusieurs portes magistrales dont l’une est dotée d’une tourelle. La légende raconte que Merrick avait pour habitude de transporter les futurs investisseurs en bateau sur un canal menant vers l’intérieur des terres et à cette porte puis de les faire monter au sommet pour aviser ensemble de la position de leur futur lot.
Un secteur réservé aux commerces et au travail, autour de l’avenue Ponce de Léon, était parcouru par un trolley gratuit (abandonné puis remplacé en 2003 par un nouveau tramway toujours gratuit). Un don de terrain lui permet, en 1925, d’attirer l’université de Miami à l’intérieur de Coral Gables. Celle-ci y est encore aujourd’hui.
Un ouragan en 1926 puis la grande dépression en 1929 mettront un terme au développement du projet. L’armature des voies et les plantations généreuses demeurent mais le quartier dépérit doucement. Pendant la seconde guerre mondiale, de nombreux soldats seront entrainés et formés en Floride. Après guerre ils seront nombreux à revenir en Floride lançant un nouvelle période de développement.
Coral Gables compte aujourd’hui plus de 45.000 habitants et fait figure d’adresse prestigieuse. L’hôtel Biltmore et la Venecian Pool figurent dans les guides touristiques. Le downtown de Coral Gables (au croisement de l’avenue du Miracle Mile et de l’avenue Ponce de Léon) regroupe de nombreuses sociétés latino-américaines. A Miami, ville latine autant qu’américaine, une économie ouverte vers les Amériques Latine et Centrale s’est presque naturellement regroupé dans ce morceau d’Alhambra fantasmé.
Dans le centre, les immeubles récents sont facilement reconnaissables. Assis sur de massifs socles de parkings (on ne creuse pas à Miami car la roche est très proche de la surface) ils combinent les mêmes éléments d’un vocabulaire architectural néo-andalou (ou post madrilène). Tout autour, sous des frondaisons tropicales, une trame régulière et bienveillante envers les piétons et les vélos organise un urbanisme ouvert de maison de plain-pied.
Dans un autre contexte, Coral Gables serait identifiée comme une cité jardin.









jeudi 14 juillet 2011

Coral Gables Add-on

Pour le plaisir des yeux, la Venecian Pool et le Biltmore hôtel, Coral Gables (piscine publique), Miami Florida.



La Venecian Pool ouverte en 1924 sur le site d'une ancienne carrière de coraux (architecte Phineas Paist). L'extraction de ces mêmes coraux qui constitue la base de Miami et donnent leur nom au quartier est aujourd'hui interdite.


Biltmore Hôtel, un palais andalous ouvert en 1926 et conçu par la firme d'architecture Schultze and Weaver. Le bâtiment est classé depuis le 27 septembre 1972 dans le registre national des lieux historiques

mercredi 13 juillet 2011

Miami Wet et Miami Dry

La ville de Miami découverte depuis le pont d’un bateau n’a que peu de rapports avec la même ville de Miami pratiquée en automobile. Ces deux entités complémentaires forment l’envers et l’endroit d’une même médaille et l’interaction de ces deux dimensions génère ici beaucoup de modèles et de pratiques urbaines spécifiques.
Temps 1 Miami Dry : L’arrivée terrestre se fait ventre à terre. Après Orlando le paysage défile plat et vert le long de la Florida Turnpike. La péninsule, fondée géologiquement par la « Florida Platform » (un plateau poreux constitué d’une fine couche de karst limoneux sur un morceau d’écorce terrestre) semble parfaitement horizontale : son plus haut point ne dépasse pas les 100 m (Sugarloaf Moutain, 95m). Après des kilomètres de pâturages tropicaux ou plus simplement de jachères, le paysage frémit. Des toitures plates émergent de la végétation tropicale, un échangeur nous amène au-dessus des frondaisons, les tours surgissent, voilà la ville.





Temps 2 Miami Wet: « We are just like Venice here, everything’s about the water » nous prévient notre hotesse d’un jour. La jolie maison est accessible depuis la route et possède un petit débarcadère privé à l’arrière du jardin. La promenade du jour permet de visiter les urbanités en présence : les belles villas voisines, les condominiums exclusifs, les tours avec vue, les canaux et les berges de la Miami Bay. Ici le terroir est marécageux, la belle plage de sable blanc correspond à une bande côtière localisée (Miami Beach) et la plupart des berges artificielles et privatisées. La maison voisine est aussi très belle et occupée depuis quelques temps par une famille qatarie.
Et si Miami wet était la plus sûre référence de l’urbanisme dubaïote.



mardi 12 juillet 2011

Magic Kingdom

Nous voilà donc dans l'antre de la bête, ce cœur du réacteur d'Orlando qui comme celui de Fukushima risque à chaque instant la fusion finale.

La citation de Michael Sorkin pourrait suffire à décrire cet endroit.

"Television and Disneyland operate similarly, by means of extraction, reduction, and recombination, to create an entirely new, antigeographical space. On TV, the endlessly bizarre juxtapositions of the daily broadcast schedule continuously erode traditional strategies of coherence. The quintessential experience of television, that continuous program-hopping zap from the remote control, creates path after unique path through the infinity of televised space. Likewise, Disneyland, with its channel-turning mingle of history and fantasy, reality and simulation, invents a way of encountering the physical world that increasingly characterizes daily life."

Michael Sorkin (b. 1948), U.S. architect, author. "See You in Disneyland," Variations on a Theme Park: The New American City and the End of Public Space, ed. Michael Sorkin, Noonday (1992)

Nous noterons tout de même au passage :
- qu'effectivement le savoir faire Disney tient dans la capacité de ses décors à ne jamais avoir d'envers
- que ce parc ne comporte aucun écran et qu'aucun film n'est en vente ici et que pour une société d'image c'est quand même étrange
- qu'ici aussi le patriotisme le plus enthousiaste a sa place avec les 44 présidents marionnettes et les bottes d'investitures de George Bush Jr.
- que la partie futuriste du parc est pas mal datée et ressemble franchement (pour les avoir pas mal pratiquées) à une galerie commerçante d'une ville moyenne chinoise
- que cet univers clôt et trop parfait possède le point commun avec la Suisse de faire passer le visiteur sain d’esprit par plusieurs phases, toujours les mêmes et toujours dans le même ordre : la surprise, le ravissement, la fatigue oculaire et le "mais laissez moi sortir d’ici je veux aller dans une vraie ville sale où les gens crachent par terre, où le sexe existe encore et où tout le monde n’est pas en permanence entrain de vous surveiller… »
- et que malgré tout ça ces salauds d'enfants semblent apprécier…
Elle est belle la jeunesse tiens !



Orlando Premium Outlet

Orlando est en résumé une destination destinée aux derniers représentants de la classe moyenne. Ici le discount ou la bonne affaire est la loi cardinale des portefeuilles bien gérés des ménages raisonnables. Pour toutes ces familles heureuses les bonnes fées d’Orlando ont inventé le Orlando Premium Outlet Store au numéro 8200 de la Vineland Avenue.
Ce centre neuf, réaménagé en 2007, compte 175 boutiques de luxes outlet où s’arrachent de 10h à 10h les polos Ralph Lauren ou Tommy Hilfiger. Il fait chaud, on est dehors. Le parking est immense et participe de l’ensemble, les voitures ne sont pas cachées. L’ensemble est néo-toscan et les placettes accueillantes semblent destinées en vérité à reposer de tout ce fun accumulé les visiteurs d’un jour.



lundi 11 juillet 2011

Holy Land Experience

Holy Land Experience
La Palestine du premier siècle reconstituée dans la Floride du XXIème, décors, expositions et spectacles vivants, studios de télévision de la chaîne Trinity Broadcasting et bientôt plateaux de tournage pour superproductions bibliques : voici ce que propose depuis 2001 Holyland Experience, parc fondamentaliste chrétien implanté au centre de l’archipel du fun de la ville D’orlando.
Fondé par Marvin Rosenthal, prêtre Baptiste d’origine juive et converti, accusé parla Ligue de Défense Juive de promouvoir la conversion au christianisme des juifs américains (malgré les protestations de son fondateur), ce parc se démarque par sa ambition idéologique.
Recréer le parcours de J* depuis sa marche dans le désert, son entrée dans Jérusalem jusqu'au Golgotha : la mise en scène commence dès le parking.
Crèche tropicale, animaux empaillés débarqués de l’arche de Noé, centurion romain texan au contrôle des billets, passez ces portes et retrouver J* et tous ses amis.
« He is Risen » disent les buissons taillés. Le show patriotique « God bless America” est à 11h, la crucifixion est à 13h nous informe Marie-Madeleine.
Comme prévu la foule est ravie, J* est beau torse nu sous le soleil, les soldats romains sont brutaux et le sang factice gicle sur le sol. Devant des groupes recueillis ou plus distants, de fervents bigots et des ricaneurs sans doute européens, J* est mis au tombeau avant de ressusciter en son et lumière. Partout des informations importantes : la terre a 6000 ans, les dinosaures étaient dans l’arche de Noé, le messie reviendra, J* aime vraiment tout le monde, et les Harley Davidson, l’Amérique est « the greater nation of all »...
Patriotisme et extase mystique, jeux d’enfants et scènes animées, films anti-avortement et sodas glacés. : le mélange parfait du mercantilisme, du patriotisme et de l’intégrisme. On a adoré.











PS : apparemment le parc n’est pas si rentable que ça ; Il était endetté en 2007 et a été racheté par un réseau de télévision chrétien. Depuis octobre 2007, entre 50 et 100 employés ont été remerciés. J* a été conservé et le parc pourrait malgré tout s’agrandir.
A suivre.

Le site officiel ici.