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vendredi 10 août 2012

Portland, Oregon : an american Green city ?

Le slogan "Keep Portland Weird" ornait au printemps dernier les murs de notre cher métro parisien. La Gaité lyrique avait eu la bonne idée de lancer une semaine spéciale sur cette ville plutôt petite (1 million d'habitants dans l'agglo) et mal connue côté français : musique indépendante et écologie pour évoquer une autre amérique.

 Ici, cette information paraît incroyable. Une jeune vendeuse de Hawthorne boulevard qui nous demandait pourquoi nous passions une semaine à Portland plutôt qu'à LA ou San Francisco et à qui nous expliquions que depuis plusieurs décennies la ville apparaît de plus en plus souvent sur les cartes etats-uniennes comme la capitale verte américaine, nous répondit simplement : "Oh, for that."

Ici tout tient en effet à une façon d'être, nonchalante et vertueuse, consciente et locale, indépendante et responsable. Une somme d'attitudes naturelles, d'actions silencieuses qui redéfinissent peut-être la notion de cool.
Pourquoi et comment Portland est-elle possible, voici notre tentative d'explication.

Pourquoi Portland est-elle verte ?
Ici la question lance le débat. Du "it has always been like that you know", au "it's all about marketing", toute sorte de réponses nous sont fournie.
Nous nous en tiendrons à celle-ci.
Tom McCal a connu deux carrières : journaliste il s'est engagé très tôt autour de la protection de l'environnement. En 1962, il produit et présente un documentaire sur la pollution de la rivière Willamette : Pollution in Paradise. Candidat au poste de gouverneur de l'Etat il est élu en 1966 et réélu en 1970. En deux mandats, cet élu républicain tendance libérale (ce parti a définitivement bien changé), dote l'état de l'Oregon de lois très en avance sur leur temps : une "bottle bill" pour rendre obligatoire la consigne des bouteilles, le nettoyage de la très polluée Willamette River (on s'y baigne aujourd'hui) et une politique de limite de la croissance urbaine.
Cette urban growth boundary qui a permis à Portland de ne pas s'étaler sur la campagne environnante, de conserver un centre actif et de profiter d'espaces naturels très proches est le fondement du caractère vert de la ville. Une gouvernance unique de l'aggloméartion a empêché l'explosion urbaine des villes satellites.
Pour Tom McCal, la Californie toute proche tenait ducontre-exemple. S'adressant à ses voisins nombreux et envahissants il résumait sa position en ces termes :

"Come visit us again and again. This is a state of excitement. But for heaven's sake, don't come here to live."





Pourquoi Portland est-elle indépendante ?
A Portland, la logique de chaîne ne semble pas avoir d'effet. Les grands noms de la restauration rapide ou de la culture bas de gamme sont même absents du centre-ville.
La ville se résumerait selon certains par 4 B majuscule.
B for Bicycle : la ville serait la capitale américiane du vélo, les pistes cyclables sont innombrables et les cyclistes omniprésents. Le "fixie", vélo branché à pignon fixe, est ici le must-have.
B for Bakery : ici la nourriture est locale, saine et éthique. Le Farmer's Market est un must, le snack haut de gamme une contre-culture (matérialisé par les food carts dont nous reparlerons) et les boulangeries n'ont pas disparues.
B for Brewery : la bière se conjugue ici aussi au pluriel. Les micro-brasserie artisanales sont innombrables et servent de délicieuses Ale, Stout, Heffenweiss ou Bitter inédites. Un ami à qui nous demandions ce qu'il en était ici de la "Bud" nous répondit simplement qu'il ne connaissait personne qui en boive encore. Portland est un "Biervana".
B for Books : sans loi sur du livre et de façon encore inexplicable un réseau de librairies indépendantes a survécu à la normalisation marchande. Le Powell's Book Store occupe un bloc entier, des auteurs locaux sont mis en avant et une foule nombreuse et bigarrée prend d'assaut les étagères sept jours par semaine.





Pourquoi Portland est-elle cool ?
Il y a bien sûr la musique. La gaité Lyrique a ainsi produit un album concept pour faire connaître cette scène locale.
Mais il y a également les attitudes. Une fausse simplicité à recycler les mouvements hippies, punks, grundges ou indé dans une façon d'être très 2010. Le mouvement des hipsters a trouvé sa capitale.
Des avenues entières rassemblent cette population élancée, ses chemises à carreaux et ses jeans slims ,qui déplie volontiers son dernier mac sur la terrasse d'une micro-brasserie ou d'un café éthique.
En lettres géantes, un mur du quartier de Pearl District qui porte le slogan "Keep Portland Weird", semble exprimer la motivation commune.

Un créateur de T-shirts à qui nous demandions pourquoi ce mantra local ne se portait pas façon textile nous répondit simplement que la ville d'Austin au Texas (voir ici) détenait le copyright du slogan.
La marchandisation ne se dissout pas complètement dans la nonchalance.



PS : 
Un ami à qui nous exprimions notre sentiment confus de ne plus être sur la côte ouest des Etats-Unis mais dans une ville allemande de la forêt noire, à force de croiser des cyclistes piercés et tatoués à la terrasse de brasseries, nous fit cependant remarquer : "Portland is not only green you know, it's also white..."
Notre regard circulaire ne fit que confirmer. Pas ou peu de diversité à Portland ou dans l'Oregon. Les souches européennes se reproduisent entre-elles. Les habitants noirs de la ville sont repoussés plus loin par les effets de la gentrification. Mais une gentrification cool.

jeudi 26 juillet 2012

Wilshire Boulevard : la centre linéaire de Los Angeles

La notice wikipedia résume bien les choses :"Wilshire Boulevard est l'une des principales artères de Los Angeles. Elle tient son nom de Henry Gaylor Wilshire (1861-1927), natif de l'Ohio, qui fit fortune dans l'immobilier puis dans l'exploitation agricole et de mines d'or, avant de tout perdre et de mourir ruiné."

A Los Angeles, tout ramène à Wilshire Boulevard. De Santa Monica à Korea Town, de Mac Arthur Park à l'ouest du downtown en passant par le Lacma ou les Tar Pits, il est presque impossible de passer une journée sans emprunter ou même franchir à un moment cette "colonne vertébrale" (backbone) de 25 km (15,83 miles). Que l'on considère le boulevard dans sa totalité ou selon les multiples séquences urbaines qui le constituent, cette entité est un cas unique. Wikipédia (encore lui) évoque les "Champs Elysées de l'Ouest" et même la "5ème avenue de l'Ouest" mais il est clair qu'il s'agit en fait de tout l'inverse.

Historiquement, à Los Angeles, "l'os vient avant la chair": le lien ou le flux s'installe avant la fonction ou le bâti. Ce axe organique qui rejoint le pueblo d'origine (le downtown) à ce qui faillit être le port marchand de la ville (Santa Monica) est un tracé originel.
Dans les années 20, la chaussée du Wilshire Boulevard située à l'ouest de de la Western Avenue n'est pas encore pavée. Le tracé est bordé par des champs et des ranchs. Un promoteur immobilier, A. W. Ross, qui "s'intéresse aux probables habitudes de consommation de la nouvelle population riche des habitants de Beverly Hills", saisit le potentiel su site qu'il imagine comme un secteur commercial nouveau, adapté à l'automobile et rival du downtown de Los Angeles. Il baptise même la première section aménagée de cette voie nouvelle : Miracle Mile.

Adapté aux automobilistes plutôt qu'aux piétons, le boulevard accueille les premiers carrefours à feu des Etats-Unis et les premières voies réservées aux véhicules désirant tourner à gauche. Ross élargit le boulevard à deux fois trois voies. Lotisseur, il assortit la vente de ses terrains de clauses sur l’aménagement de stationnements pour les clients, la conception d'enseignes et d'architectures visibles depuis les pare-brises à une vitesse de 50 km/h (30 mph). Parfois, l'entrée principale des nouveaux commerces est même située à l'arrière des bâtiments, en contact direct du parking. Avant le strip de Las Vegas constitue en le premier boulevard commercial pour automobile.

Luc Baboulet le décrit dans la post face de la traduction française des "4 Ecologies" de banham :
"Le succès, immense avant-guerre, suscitera une flamboyante surenchère architecturale (Bullock's Wilshire  en 1929, May Company en 1940). L'ensemble associait la nouveauté du dispositif commercial et urbain à la familiarité de l'ancienne "Main Street" des petites villes américaines. [...]
Miracle Mile, le segment de dix-sept blocs sityés de part et d'autre du boulevard entre les avenues de Fairfax et de Highland, deviendra après-guerre un terme générique désignant toute forme de développement commercial qui s'installe hors-centre et défie l'hégémonie de ce dernier."

Au numéro 5800 du boulevard, un buste de Ross porte cette inscription : "A. W. Ross, founder and developer of the Miracle Mile. Vision to see, wisdom to know, courage to do."
La figure du "downtown linéaire" décrit par Banham a été la "solution-prototype" de l'adaptation de la ville à l'automobile. Gagné par l'urbanisation environnante, progressivement densifiée jusqu'à aujourd’hui, Wilshire est aujourd'hui tout autre chose.

Depuis le Griffith Observatory à l'Est, ou mieux depuis la terrasse du Getty Center à l'ouest, l'évidence s'impose. Cette surdensité linéaire, cet alignement plus ou moins continu de tours en chapelets, est un point de repère de plus dans cette ville supposée sans forme ni direction. Doublé par les Santa Monica et de Sunset, ce "pied de colline" tramé constitue la matrice de la réinvention continue de Los Angeles.








mercredi 25 juillet 2012

Koreatown : la densification de Los Angeles ?

Koreatown, dans le secteur du Mid-Wilshire, constitue à la fois une entité commerciale, une concentration "culturelle" (tenant autant du marketing urbain que de la réalité ethnique) et une configuration urbaine pleine de possibilités. Le secteur possède également un patrimoine bâti important datant du début du XXe siècle, avant et après le basculement de Los Angeles dans l'âge automobile.

Histoire
Le premier "drive thru" (établissement commercial accessible en automobile) a ouvert en 1929 à proximité de cette section du Wilshire Boulevard (à l'angle de la 6th street et de Alexandria).
La même année, le grand-magasin Bullock's (magnifique création art-déco) ouvre dans le secteur. Son modèle commercial, avec un large parking et une entrée principale située à l'arrière  inaugure un nouvel âge : la suburbanisation de LA selon certains critiques. Structuré par l'avenue principale que constitue Wilshire Boulevard (ce grand centre urbain linéaire qui courre du Downtown à Santa Monica), le secteur a ainsi toujours été à la pointe des avancées techniques (premier bâtiment climatisé, développement des enseignes néons, ...).
Réalité commerciale le long de Wilshire au début du 20ème siècle et réalité résidentielle dense à base d'immeubles de 5 étages environ regroupant des appartements. Beaucoup de constructions de ce type existent toujours sur le site.
L'Ambassador Hotel, établissement luxueux aujourd'hui démoli, accueille les visiteursles plus prestigieux. Robert F. Kennedy y sera assassiné en 1968.


Koréinisation
Le développement des freeways (années 60) va marquer les déclin des boulevards commerciaux. Cette section de Wilshire s’endort doucement. Le déplacement vers l'ouest de l'agglomération des commerces et bureaux va faire baisser les charges locatives. L'abaissement des restrictions à l'immigration est-asiatique à partir de 1965 va drainer sur l'agglomération une nouvelle génération d'immigrés qui s'installeront presque naturellement dans le secteur.

Le plan de re-développement développé par le City Planning Department, le Wilshire Plan, contribuera à rebaptiser le secteur maintenant connu comme le Wilshire Center District.
Au début des années 70,  encouragés par le président de la Corée du Sud, Park Chung Hee, des entrepreneurs locaux se fédèrent et œuvrent à la concentration de la petite bourgeoisie coréenne dans le secteur. en 1974, le secteur a été rebaptisé en Koreatown, un centre culturel est ouvert. Le secteur compte 70.000 personnes d'origine coréenne.
Le secteur est durement frappé pendant les émeutes de 1992. Conflit ethnique, les boutiques coréennes sont apparemment "ciblées" par les émeutiers. Des commerçants armés font le coup de feu dans la rue. Dès le deuxième jour une véritable milice d'auto-défense est organisée. En trois jours, plus de 50 personnes perdent la vie (dans l'ensemble de LA).

Dans les années qui suivirent, beaucoup de résidents d'origine coréenne vont partir vers le Comté d'Orange et la San Fernando Valley. Certains commerces n'ouvriront plus.
Aujourd'hui, la part des habitants coréens ne dépasserait pas 30%. Le quartier est à dominante hispanique.

Formes urbaines
Avec 120.000 habitants répartis sur 3 miles au carrés  (7,8 km2), le secteur est le plus dense de l'agglomération. Les immeubles de rapport historiques, parfois d'anciens ensembles plutôt luxueux qui ont très bien vieillis, sont réhabilités. De nouvelles constructions denses (moyenne ou grande hauteur) sont en cours de construction. Ici comme ailleurs aux États-Unis, l'immobilier frémit. Les habitants chassés par la hausse des prix dans les quartiers riverains de Los Feliz et West Hollywood investissent le quartier.


La densification de Los Angeles ?
Avec sa grille régulière flexible, ses infrastructures de transport (métro) toute proches et sa programmation mixte (commerces, emplois, logements) le secteur a tout pour se densifier.
Selon Nick Roberts, professeur à l'université de Woodbury, La ville de Los Angeles fournit beaucoup d'effort pour promouvoir les opérations de densité moyenne en réduisant les contraintes en terme de stationnement à créer. Un nouveau règlement municipal permet de créer un programme de 4 ou 5 logements sur une parcelle typique de 50 par 150 pieds.
En Californie, l'immigration en provenance d'Asie surpasse les flux venant de l'Amérique latine. Ces nouveaux citadins sont plutôt plus riches et sont habitués à vivre dans des environnements à haute densité.


Le discours ambiant remet en cause le traffic pendulaire travail logement. La voiture se démythifie en amérique (les publicités ont comme argument les économies d'essence, une nouveauté ici).
Partout les downtowns renaissent : nouveaux programmes, nouveaux habitants, mixité plus forte.
La densification de Los Angeles est à beaucoup de point de vue inéluctables. Nous prennons le pari qu'elle commencera ici.







mercredi 4 juillet 2012

Scottsdale's Water front

Scottsdale, cité de 220.000 habitants à l'est de Phoenix.
Riche, touristique et commerciale, cet ensemble urbain correspond assez bien au concept de "Edge City".
Indépendante juridiquement, périphérique et à forte croissance, Joel Garreau (à l'initiative du concept) l'a d'ailleurs identifiée en 1991 dans sa liste des Edges Cities.
Manquant visiblement de structure urbaine, la ville a entrepris de reconquérir le canal qui la traverse.
Les canaux d'irrigation, vitaux et centraux dans l'histoire urbaine de l'Arizona, ont en effet été oublié. Les urbanités s'en sont détournées. Ce premier réaménagement est donc une reconquête, incertaine.
Autour d'un centre commercial important (géré par Galleria) des programmes mixtes ont été lancés. Résidences de luxe, ensembles commerciaux "créatifs" ou "alternatifs".
Un article du The New York Times aurait décrit le downtown de Scottsdale comme "a desert version of Miami's South Beach, having plenty of late night partying and a buzzing hotel scene".
Il est encore permis d'en douter.








PS : a noter l'ensemble immobilier surprenant de Camel View Village par David Hovey du groupe optima. Une superposition à trois dimensions de grands plateaux libres, des balcons et des terrasses superposées de façon aléatoire comme autant de cascades vertes. Un grand îlot poreux qui n'est pas sans rappeler les architectures de l'ami Christophe Rousselle.




lundi 25 juin 2012

Dallas Town Houses

Pour prouver définitivement que le Texas ne se résume pas à sa caricature voici plusieurs exemples de Town housse plutôt bien conçues aperçues dans le quartier chic de Uptown Dallas.



vendredi 22 juillet 2011

Jersey City, la ville générique aux portes de Manhattan

Jersey City, la ville générique aux portes de Manhattan
L’épicier du Deli à qui nous demandons une carte à la sortie du métro nous prévient : « It’s not safe here. The riverbanks are Ok but don’t go too far that way ».
Notre carte achetée en main, nous nous dirigeons tout de même vers ces rues hostiles. Des géants bodybuildés aux bras musculeux consciencieusement tatoués jouent avec des chiens d’attaques et… de jeunes enfants sur les aires de jeux. Les maisons alignées des rues du vieux Jersey City ressemblent aux mêmes maisons alignées de Brooklyn ou de Queens. Nous ne sommes pourtant plus à New-York et la ville centre refuse toujours de partager son réseau de métro avec cette banlieue périphérique. Avec une pointe de mépris mal dissimulée, les îliens désignent les habitants de Jersey sous la dénomination de "bridge and tunnel people". Nous laissons ce centre pas si terrible pour nous diriger vers les quais de l’Hudson et le centre d’affaire de Jersey.
Lancé dans les années 80, le "Waterfront" de Jersey s’est installé sur d’anciens espaces ferroviaires et industriels. Il a enclenché la "renaissance" de Jersey City. La construction de nombreuses tours s’est accompagnée du développement d’une polarité financière connue sous le titre de "Wall West Street". Un tramway innerve la zone qui avec ses 18 millions de pieds carrés (1,6 millions de m²) est le douzième quartier d’affaires du pays.
A l’heure du déjeuner, les rues se remplissent d’employés de bureaux. Ceux-ci sont majoritairement d’origine indienne. Dans ce secteur réservé aux "back offices" et aux services électroniques des grandes banques et institutions, l’ingénieur indien est sans doute l’employé parfait. Des files se forment devant des roulettes vendant de copieux snacks aromatisés au curry.
Jersey city : la ville générique et globale aux portes de Manhattan.