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mercredi 18 juillet 2012

Palos Verdes, quintessence du rêve suburbain ?

Entre Long Beach au Sud et Redondo au Nord, la péninsule rocheuse de Palos Verdes est un autre monde en soit. Cet univers montagneux, qui se termine par des falaises rocheuses tombant à pic sur le Pacifique, offre certaines des plus belles-vues de l'agglomération. Luxuriant, peu traversant, Palos Verdes a expérimenté très tôt les opérations urbaines fermées.

Banham décrivait le lieu en ces termes :
"Au Sud, l'enclave la plus importante est la montagne de Paolos Verdes, dont les paysages si désirables - végétation somptueuse, prairies soigneusement tondues avec vues sur la mer - accueillent les extraordinaires lotissements qui ont pour nom Palos Verdes, Palos Verdes Estate, Rolling Hills et Rolling Hills Estate."
C'est un véritable "art de l'enclave" qui est à l'oeuvre ici.
Ces ensembles déjà anciens ont réintégrés le tissu normal de la ville. L’ensemble immobilier nouveau d' "Ocean Front", non fermé possède toutefois un règlement apparemment strict et son propre personnel de sécurité. Maisons basses, alignées sans esprit sur un site terrassé tout exprès. Contrepoint d'autres expaces montagneux, cet en semble ne correspond-il vraiment à la description de Banham :

"Enfoui toujours plus profondément dans les lacets des routes tortueuses et l'intimité des lauriers, [l'habitat originel des collines], continuera de représenter, pour l'immense majorité de la classe moyenne, la quintessence du rêve suburbain."







Sur la route de corniche, dans un exubérant bouquet d'eucalyptus, la Wayfarer (comme les lunettes) Chapel ressemble à l'église de la chanson California Dreamin'; Cette œuvre tardive de Frank Lloyd Wright n'enlève rien au tableau.

vendredi 12 août 2011

Amish County : l'antiurbanisme militant

Choisir d'étudier la ville américaine c'est affronter un paradoxe. Intrinsèquement l'amérique est anti-urbaine. Des Suburbs proliférantes jusqu'au prairie-style, du rôle spécifique de la voiture à la haine républicaine actuelle de la ville et du centralisme cet état d'esprit atteint parfois une dimension idéologique.

Le phénomène Amish, ici dans le conté de Goshen Indiana, en fournit l'expression la plus militante, la plus démonstrative et la plus menteuse.
Les Amish rejettent la société de consommation mais on les croise dans les allées du Wall-mart, ils voyagent en voiture à chevaux mais passent la tondeuse et le rotofil, ils se réfugient dans le ruralisme mais habitent des maisons presque standards et communient à la même vénération de la pelouse parfaitement entretenue.

Les Amish font du commerce et vendent des produits réputés sains à des américains standards qui viennent de très loin. Les Amish n'acceptent pas la carte de crédit. Ici l'on paie cash.




vendredi 22 juillet 2011

Manhattan 3 : Stuyvesant Town

Et si les formes urbaines ne servaient à rien ? Voici l’exemple de la Stuyvesant Town de New-York.

Soit un complexe résidentiel privé de 56 tours de 12 niveaux (11.250 appartements et 25.000 résidents) implanté dans Manahattan entre les 14 et 20 rues et les avenues 1 et C. Cet espace important, même à l’échelle de la ville, interrompt la trame de Manhattan pour la remplacer par un ensemble de sentiers plantés non traversants, des placettes ou d’aires de jeu ménagées entre les immeubles et des nappes de parkings surmontées de jardins. Les architectures sont plates et sans aucune aménités : pas de balcon, de terrasse ni de grandes ouvertures. Pas de services publics ou d’écoles dans le complexe. Des commerces sont implantés en périphérie. Le secteur possède son propre journal.
L’ensemble date de 1947 est a donné lieu à la plus grande expulsion de masse des années 40. L’ensemble était ségrégué et réservé aux familles blanches jusque dans les années 70 (3 familles noires furent déboutées devant la Cour de Justice de New-York). Stuyvesant Town avait pour pendant une autre opération similaire à Harlem réservée aux seules familles noires.
Ce quartier privé, ouvert au public et quadrillé par une police privée a été vendu d’un bloc en 200- à une société immobilière pour 5,4 milliards de dollars.
Cette cité coupée du reste de la ville, difficilement accessible et impossible à surveiller devrait logiquement multiplier les disfonctionnements. Dans un Manhattan vidé consciencieusement de ses classes populaires depuis 20 ans et doté de services de police surdimensionnés, l’ensemble fonctionne comme un dessin d’urbaniste des années 60. Une foule joyeuse s’ébat aux pieds des tours baignées dans le vert. Un bureau de placement positionné à la sortie du métro propose des appartements. Une file d’attente se forme tous les jours.
Le nombre d’expatriés dans le complexe est important et Stuyvesant Town est parfois surnommée "French Town".







Le site officiel : http://www.stuytown.com/

mardi 19 juillet 2011

Indian Creek : l'île des riches

Visite in-vivo et en deux fois de l'île des riches déjà évoquée ici-même le 19 mai.

Voici donc l'île la plus exclusive de tous Miami. Cette municipalité miniature est donc bien interdite. un tour de bateau nous confirma qu'aucun débarquement n'était possible (nous apprîmes seulement que la maison de Julio Eglesias avait apparemment été détruite et serait sans doute bientôt remplacée par un modèle plus imposant), le tour en voiture enfonça le clou et l'accès nous fut refusé ("Sorry sir, you've not been properly invited.")

La voirie serait pourtant publique d'après nos contacts locaux...







vendredi 15 juillet 2011

Miami garden-city : The Coral Gables

From 25 Miami Coral Gables

George Edgar Merrick (1886–1942), développeur immobilier, appartient à l’histoire du premier boom immobilier de la Floride. De 1920 à 1930, il a inventé, promu et construit l’une des premières communautés planifiées américaines, préfigurant pour certains les gated communities : Coral Gables un ensemble aujourd’hui intégré à la ville de Miami.
Après s’être consacré dans les années 10 au développement routier de Miami, en tant que commissaire du District 1, George E. Merrick se lance en 1922 dans l’édification d’un projet immobilier d’une ampleur encore inconnue. Sur près de 3000 acres (1,2 km²) de plantations de citronniers et de pins que lui cède son père, il entreprend de bâtir une ville d’inspiration méditerranéenne (alors qu’a priori il ne connaissait pas l’Europe) librement inspirée du mouvement des "City Beautiful". Passionné par les beaux arts et dotés de goûts esthétiques très tranchés il impose son style : des architectures détaillées inspirées de modèles espagnols et italiens.
Traversées d’avenues et de parkways (qui reçoivent dès l’origine des noms espagnols), dotées de plusieurs golfs, d’un quartier des affaires, d’un hôtel de ville, d’un hôtel de Luxe, sa cité est accessible par plusieurs portes magistrales dont l’une est dotée d’une tourelle. La légende raconte que Merrick avait pour habitude de transporter les futurs investisseurs en bateau sur un canal menant vers l’intérieur des terres et à cette porte puis de les faire monter au sommet pour aviser ensemble de la position de leur futur lot.
Un secteur réservé aux commerces et au travail, autour de l’avenue Ponce de Léon, était parcouru par un trolley gratuit (abandonné puis remplacé en 2003 par un nouveau tramway toujours gratuit). Un don de terrain lui permet, en 1925, d’attirer l’université de Miami à l’intérieur de Coral Gables. Celle-ci y est encore aujourd’hui.
Un ouragan en 1926 puis la grande dépression en 1929 mettront un terme au développement du projet. L’armature des voies et les plantations généreuses demeurent mais le quartier dépérit doucement. Pendant la seconde guerre mondiale, de nombreux soldats seront entrainés et formés en Floride. Après guerre ils seront nombreux à revenir en Floride lançant un nouvelle période de développement.
Coral Gables compte aujourd’hui plus de 45.000 habitants et fait figure d’adresse prestigieuse. L’hôtel Biltmore et la Venecian Pool figurent dans les guides touristiques. Le downtown de Coral Gables (au croisement de l’avenue du Miracle Mile et de l’avenue Ponce de Léon) regroupe de nombreuses sociétés latino-américaines. A Miami, ville latine autant qu’américaine, une économie ouverte vers les Amériques Latine et Centrale s’est presque naturellement regroupé dans ce morceau d’Alhambra fantasmé.
Dans le centre, les immeubles récents sont facilement reconnaissables. Assis sur de massifs socles de parkings (on ne creuse pas à Miami car la roche est très proche de la surface) ils combinent les mêmes éléments d’un vocabulaire architectural néo-andalou (ou post madrilène). Tout autour, sous des frondaisons tropicales, une trame régulière et bienveillante envers les piétons et les vélos organise un urbanisme ouvert de maison de plain-pied.
Dans un autre contexte, Coral Gables serait identifiée comme une cité jardin.









dimanche 10 juillet 2011

Celebration : "Whe have the key to how life should be"

Celebration, Florida est le fruit du croisement de deux ambitions. Si cette ville-privée fondée en 1994, avait une maman ce serait une entreprise et elle s’appellerait la Walt Disney compagnie. Si cette communauté de 11 000 habitants avait un papa ce serait un mouvement architectural et il s’appellerait "New Urbanism".
D’abord désigné en interne sous le titre de "Florida Project", les développements spectaculaires que la compagnie Disney allaient organisés autour d’Orlando devaient beaucoup à son fondateur. Walt Disney prévoyait qu’autour d’un parc à thème géant, le Magic Kingdom, seraient implantées d’autres entités dont une "ville du futur", EPCOT (pour Experimental Prototype Community of Tomorrow). La société acheta pour cela plus de 11 000 ha (soit 110 km², soit 2 fois la taille de Manhattan ou 150 fois la taille du parc Disney californien).
Jusqu’à sa mort en 1966, Walt Disney travailla presqu’à temps plein à imaginer sa mégalopole. Inspirée de l’urbanisme moderne triomphant des années 60, cette ville réseau dense et technologique devait être reliée à un réseau de trains à grande vitesse et accueillir toutes les créations de l’industrie américaine d’alors. « Il parlait des heures des maisons et de comment les enfants se rendraient à l’école » se souvient Marc Davis, dessinateur. « Il parlait même pendant des heures de comment les ordures seraient collectées. Il ne pensait vraiment qu’à ça. »
Le premier parc ouvrit en 1971. EPCOT, le second parc ouvrit en 1982 mais en tournant le dos à l’ambition de départ. Ce parc d’attraction développant plutôt le monde en miniature et les technologies de l’image. Enfin deux autres parcs ouvrirent avant l’année 1990 sans avoir totalement entamé le foncier colossal acheté par Walt Disney.
Peter Rummell fut alors chargé d’évaluer les potentialités de ce terrain disponible et conclut que les futures ambitions de la société n’entameraient pas les terres situées au-dessous de la route US 192, seule voie publique traversant le territoire Disney. « Nous aurions pu alors tout vendre mais mon sentiment était que ce n’était pas la bonne stratégie parce que nous allions encourager un développement bas de gamme et peu attractif. Ce que je voulait faire c’était d’encourager d’autres promoteurs à développer des projets vers le Sud en implantant un lieu de vie de qualité avec des écoles et le reste ». Le projet de communauté de vie pilotée par Disney était lancé.

Si dans les années 60 les rêves de Walt se formalisait sous la forme d’une citée futuriste, au début des années 90, les ambitions immobilières de la firme s’engagèrent dans une autre voie.
Le nouvel urbanisme (New urbanism), désigné aussi comme urbanisme néo-traditionnel, est un courant urbanistique né d'abord en Europe, puis aux États-Unis d’Amérique, pays où il s'est développé et dans lequel il a connu une grande popularité des années 1980 au début des années 1990. (source Wikipedia) Parmi les précurseurs en Europe, on compte François Spoerry, Maurice Culot et Léon Krier ; les développements américains ont été assurés entre autre par Calthorpe, Duany, Moule, Plater-Zyberk, Polyzoides ou Solomon. Pour ses apôtres du retour à la ville, l’attraction "Main Street USA", ou la recréation nostalgique de la grande rue d’une ville américaine imaginaire des années 40, anticipait des solutions réelles pour combattre l’étalement urbain.
C’est dans cette mouvance prônant le retour à la ville de petite échelle, "marchable" et pittoresque que s’inscrit presque logiquement le projet. Organisé autour d’un lac, un quartier commerçant est struturé par la Market Street. Les bâtiments les plus emblématiques ont été confiés à Philip Johnson, César Pelli, Charles Moore, Robert Venturi ou Michael Graves. Autour de ce centre post-moderne, des maisons alignées le long de rues plantées. Les voitures et les garages sont invisibles. A l’origine aucune maison ne devait pas être située à plus d’une mile du centre mais ceci n’a pas été respecté.
Le masterplan a été développé par la firme Cooper, Robertson & Partners et par Robert A. M. Stern. Le paysage, les parcs, les allées ou les chemins ont été développés par EDAW (maintenant AECOM) de San Francisco.
Les habitations suivent toutes un modèle d'architecture prédéfini. Il y a en tout cinq styles architecturaux « acceptés », tous pré-approuvés par Disney et s'inspirant des maisons coloniales, méditerranéennes, françaises, de Nouvelle-Angleterre ou encore victoriennes. Ces modèles se déclinent en sept tailles différentes qui sont mélangées dans les quartiers de la ville, la cohésion architecturale de l'ensemble étant assurée par le style Disney. (source Wikipedia)
En 2001, Celebration a été couronnée comme la "New Community of the Year" par le Urban Land Institute.
Dans cette ville à 94% blanche, les kilomètres de porches sont déserts de même que les parcs entretenus à l’extrême. La piscine et les terrains de sports réservés aux résidents sont gentiment occupés. Le centre est animé et les visiteurs sont bien accueillis. On nous confirme que malgré les apparences le film Truman Show n’a pas été tourné ici. On roule doucement dans les rues vides et calmes. Nous sommes le week-end mais nous ne croisons personne.
Sur la vitrine d'un agent immobilier cette phrase résume l'expérience : "Whe have the key to how life should be".

Entre 2002 et 2004, la compagnie Disney s’est désengagée de la ville en vendant le foncier et les actifs.
La ville serait même devenue une ville normale. Le 29 novembre 2010 elle a connu son premier crime. Le 2 décembre 2010 un forcené a tiré pendant 14 heures sur les policiers (sans les atteindre) avant de se suicider.











Epilogue : Elizabeth Plater-Zyberk (née en 1950) et cofondatrice du New Urbanism est aujourd’hui la directrice de l’école d’architecture de Miami. Elle a publié en 2000 le best seller Suburban Nation: The Rise of Sprawl and the Decline of the American Dream.

jeudi 19 mai 2011

Indian Creek : Lifestyles of the Rich and Paranoid

Extraits de plusieurs articles du Miami Newstime portant sur l'île de Indian Creek à Miami. Une communauté fermée, autonome et insulaire de 33 luxury and exclusive villas :

"Indian Creek Village was founded on the lofty ideal that rich people need not share streets with the huddled masses. In 1939, the 660-acre man-made island just south of the 123rd Street Causeway — winter haven to FBI chief J. Edgar Hoover and the Woolworth family - incorporated to evade annexation by Surfside."

"The official seal of Indian Creek Village depicts a closed front gate. That's all the chic North Miami-Dade island's 33 multimillionaire residents want you to know. You're not welcome."
http://www.miaminewtimes.com/2010-04-29/news/anti-semites-lose-on-super-rich-indian-creek-island/

"In the few maps that record South Florida before the era of dredge-and-plat, Indian Creek Village survives as an obscure speck of land off the northern tip of Miami Beach. Originally earmarked to become part of a much larger manmade island, the islet was instead remodeled into a free-floating country club during the roaring Twenties.
Its topsoil, once sprinkled with mucks and peats, was reseeded in the fashion of an English countryside. A red-tiled clubhouse, designed to emulate a Spanish castle, came next. Rounded into a dainty fingertip and hemmed by concrete, the original plat, still in use, carved 41 bayfront lots from the horseshoe of land surrounding the golf course. A single, two-lane road connected Indian Creek to the outside world."
http://www.miaminewtimes.com/1993-03-16/news/lifestyles-of-the-rich-and-paranoid/

Indian Creek, à découvrir sur USanatomy en Juillet 2011