jeudi 5 juillet 2012

Meeting Will Bruder


Will Bruder, natif du Wisconsin, est arrivée un jour à Phoenix pour suivre l'enseignement de Paolo Soleri (dont nous reparlerons bientôt). Cet architecte américain a pris pied dans le désert et y a  fondé son agence en 1974.
En une quarantaine d'année, il a construit ici une singulière collection de bâtiments dont la Librairie de Phoenix n'est pas le moindre.

En une petite demi-heure, Will Bruder nous fait ce matin, un petit tour de ces différents projets. Il esquisse devant nous une carte de ce qui sera notre journée. 10 lieux, 10 projets et 10 façons différentes de s'inscrire dans le désert.
Economie, justesse des matériaux, science du site et rapport naturel à la lumière et à la chaleur : parcourir cette collection nous a permis de comprendre l'esprit particulier de ce site inhospitalier rendu vivable.


La librairie centrale de Phoenix

Le Rock Art Center

Agave Library

Le temple et école KOL AMI

Logements à Scottsdale et Bureaux de la société Henkel

A la tombée de la nuit, nous le retrouvons autour de la sculpture qu'il a co-réalisé avec James Turell (un autre célèbre arizonien). Un carré perforé de métal blanc est suspendu au dessus d'un cube de métal. des lumières invisibles projettent des teintes changeantes sur cette surface.
Le ciel jure puis se confond avec cette surface colorée. Encore et encore, jusqu'à ce que la nuit tombe.



mercredi 4 juillet 2012

Scottsdale's Water front

Scottsdale, cité de 220.000 habitants à l'est de Phoenix.
Riche, touristique et commerciale, cet ensemble urbain correspond assez bien au concept de "Edge City".
Indépendante juridiquement, périphérique et à forte croissance, Joel Garreau (à l'initiative du concept) l'a d'ailleurs identifiée en 1991 dans sa liste des Edges Cities.
Manquant visiblement de structure urbaine, la ville a entrepris de reconquérir le canal qui la traverse.
Les canaux d'irrigation, vitaux et centraux dans l'histoire urbaine de l'Arizona, ont en effet été oublié. Les urbanités s'en sont détournées. Ce premier réaménagement est donc une reconquête, incertaine.
Autour d'un centre commercial important (géré par Galleria) des programmes mixtes ont été lancés. Résidences de luxe, ensembles commerciaux "créatifs" ou "alternatifs".
Un article du The New York Times aurait décrit le downtown de Scottsdale comme "a desert version of Miami's South Beach, having plenty of late night partying and a buzzing hotel scene".
Il est encore permis d'en douter.








PS : a noter l'ensemble immobilier surprenant de Camel View Village par David Hovey du groupe optima. Une superposition à trois dimensions de grands plateaux libres, des balcons et des terrasses superposées de façon aléatoire comme autant de cascades vertes. Un grand îlot poreux qui n'est pas sans rappeler les architectures de l'ami Christophe Rousselle.




mardi 3 juillet 2012

Phoenix : welcome in "Sun City"

1er janvier 1960, devant son golf flambant neuf, son centre d'animation et ses 5 maisons d'expos, un homme est anxieux.
Del Webb, promoteur immobilier originaire de Californie joue gros. Ce professionnel aguerri en a pourtant déjà vu d'autres. Pendant et après la seconde guerre mondiale il s'est enrichi via des contrats immobiliers à grande échelle : camps d'internement pour les citoyens américains d'origine japonaise en 1942 à Poston, l'hôtel Flamingo pour le mafieux Bugsy Seagel à Las Vegas (avec qui il garda semble-t-il des liens d'amitiés et d'intérêt par la suite), quartiers résidentiels bas de gamme pour GI dans la région de Tucson en 1948, ... L'homme a de l'expérience, des relations dans tous les milieux et son groupe a les reins solides... N'importe la tension est là

En moins de sept mois, sur une large pièce de désert et de champs irrigué, à 12 miles du centre de Phoenix,
sa compagnie vient de créer le noyau de la première communauté de retraite active ("active retirement community"). Effaçant ici les traces de la ville abandonnée de "Marinette", le projet est très ambitieux. Il correspond à un concept nouveau, qui a connu d'autres essais dans le Sud des Etats-Unis, mais que personne n'a jamais esquissé à cette échelle.

La veille au soir, le 31 décembre 59, ses principaux directeurs ont refait les comptes. Le vice-président a demandé "How the hell I'm going to get a 30-year mortgage for a guy 60 years old ?", pensant à la journée du lendemain le directeur de projet a demandé "What if nobody comes up ?"

Durant les trois jours qu'ont duré le lancement de l'opération, plus de 100.000 personnes se sont déplacées et 237 maisons furent réservées. Plus de 50 ans après on parle ici de la "vision" de Del Webb et l'entité qu'il a esquissé ce jour là regroupe 40.000 habitants. Welcome to The Sun City.

Paul Hermann, le directeur exécutif, nous en explique les principes.
Les règles de base sont simples :
- dans chaque foyer, une personne au moins doit avoir plus de 55 ans
- aucune personne de moins de 19 ans ne peut vivre de façon permanente à Sun City
- les visites des petits enfants sont autorisées dans une limite de 90 jours maximum
- tout acquéreur de maison à Sun City devient un membre de la communauté des copropriétaires
- les copropriétaires ("home owners") sont en charge des codes et restrictions.

Sun City est une "town" et non une "city" ce qui implique qu'elle n'a pas de représentants élus. Cet ensemble urbain immense est donc une communauté autogérée destinées exclusivement au personnes âgées.

La particularité du concept tient dans la notion de "active retirement". Dans les autres programmations (comme dans le quartier voisin de Youngtown), l'entre-soit ne s’accompagnait pas d'activités communes. "There you'll just have to sit under your poarch and wait to die." résume Paul Hermann.

Avec ses 13 églises, sa synagogue, ses 16 centres commerciaux, ses 7 centres de loisirs (proposant une cinquantaine d'activités différentes), ses deux hôpitaux et ses 11 golfs (classe "executive" ou pas), l'ambition a été de créer ici un nouveau mode de vie pour un nouvel age de la vie. Dans cette "City of Volunteers" tout est bon pour générer la rencontre. Une citation du fondateur est présente partout "steel and lumber can make the buildings, but people make the community."

Les maisons basses sont réputées pour leur caractère totalement transformable (pas de porteur interne) et comme le vante le film promotionnel, la ville serait "One of the best value for your retirement money.
Le quartier n'est pas fermé, comme l'indique pourtant encore beaucoup de références, même si certains programmes immobiliers le sont. Les alignements de maisons dans de grandes rues circulaires et concentriques (qu’Alexander Mac Lean a fait connaître) sont accessibles librement. Les golfs sont installés en continuité des parcs ou des rues. Une noria de voiturette de golf électriques parcourt d'ailleurs le quartier. Des voies spéciales sont réservées à ce mode de déplacement local.

Ici tout le monde est âgé et les profils croisés sont parfois impressionnants de vitalité. Des sexagénaires achètent, transforment et vendent des maisons, des septuagénaires animent les centres de loisirs, des octogénaires golfent sans fin et des nonagénaires marchent à petit pas, en couple qui se tiennent la main.
Dans certaines familles, trois générations de retraités se sont succédées ici.

Dans ce quartier sans école, sans enfants, sans services sociaux, sans institutions publiques, les charges et impôts ont été réduits au minimum. Des sociétés privées s'occupent de l'eau et des déchets, le compté de la police et de la lutte contre le feu.

Pour beaucoup, Sun City est un projet égoïste. Ici un certain renoncement au vivre ensemble et à la citoyenneté, permet d'accorder aux habitants les plus bas tarifs de l'agglomération pour le golf.
Pour beaucoup, Sun City est un projet destructeur, consommateur d'eau et d'énergie au-delà du raisonnable.
Pour certains, Sun City est un succès car le concept de retraite ensoleillée et pas chère continue de séduire.
Pour d'autres, l'avenir de ce modèle est incertain. La crise des sub-primes a beaucoup impactée le marché local et les grandes enesignes commerciales rechignent à investir dans cet ensemble immobilier de niche.









PS : Paul Hermann évoque les visites qu'il a reçues et les voyages qu'il a réalisé pour présenter et défendre ce concept de vie. Dans le marché global qu'est celui de l'âge, ces ensembles s'appellent des "Silver town". En Asie, Chinois et Coréens s'intéressent. Politique de l'enfant unique et faible fécondité oblige, le sujet de l’accueil de la vieillesse dans la ville s'impose. Le rapport à la terre ne permettra (heureusement) pas d'appliquer un tel modèle en Chine. Mais pas de problème pour l’Amérique car conclut Paul Hermann : "We've got so much land here !"



Phoenix : Desert Landscaping

"How do you like the desert so far ?"
La question est récurrente est exprime bien à la mentalité locale.

Phoenix n'est pas une oasis, une interruption humide dans un territoire sec. Bien au contraire la ville  appartient au désert et la présence de celui-ci est aussi bien physique que symbolique.
Des montagnes ("Camel back mountains") interrompent ponctuellement l’étalement et la végétation sub-tropicale aride se retrouve aussi bien autour que dans la ville elle-même.

Pierres volcaniques, cactus, arbuste bas, le concept paysager porte un nom : " le desert landscaping".
Ce goût du sec et de l'aride souffre pourtant une exception notable : la ville compterait plus de golf que n'importe qu'elle autre cité américaine...






lundi 2 juillet 2012

Phoenix by Edward Abbey : "The blob that ate Arizona"

Edward Abbey ne portait pas Phoenix dans son cœur.
Pour ce poète américain fasciné par le désert et les grands espaces de l'ouest la ville tenait lieu de l’aberration.  A sa naissance en 1927, la ville comptait moins de 40.000 habitants.

Cette citation extraite de son livre "Désert Solitaire", en 1971, tenait déjà lieu de la mise en garde :
"De l’eau, de l’eau, de l’eau…. Il n’y a pas de pénurie d’eau dans le désert, l’eau y est présente exactement dans la quantité qu’il faut, […]. Ici l’eau ne manque pas, sauf si vous essayez de bâtir une ville là où nulle ville ne devrait se trouver."
La ville de Phoenix comptait 600.000 habitants, (1 million dans l'aire métropolitaine).

En 1982, l'agglomération de 1,6 millions d'âmes lui inspirait ceci :
 "Phoenix, Arizona: an oasis of ugliness in the midst of a beautiful wasteland." (in "Down the River")

A sa mort en 1989, le chiffre avait atteint 2,2 millions.
Aujourd'hui Phoenix est la 6e ville américaine (1,4 millions) et son agglomération regroupe 4,5 millions d'habitants.

Le rapport à l'eau, avant même la fondation de la ville, détermine les établissements humains sur le site.


Installée au cœur du désert de Sonora, la ville s'inscrit dans une région extrêmement aride et violemment chaude ; la température moyenne ne descend jamais sous 12°C même s'il peut geler la nuit en hiver et le thermomètre dépasse les 38°C pendant au moins 3 mois de l'année, pendant notre séjour il faisait 45°C.
Les précipitations sont faibles mais des ressources en eaux existent. Au pied des White Tank Moutains, le site est traversé au printemps par des torrents qui provoquent même ponctuellement des inondations partielles.
La domestication de ce flux hydraulique, entamé par les indiens, trouva son point d'achèvement dans les grands travaux des années 30. La canalisation à grande échelles des eaux dans le Sud-Ouest américain permis à Phoenix de se développer d’abord grâce à l'agriculture.
L'extrême ensoleillement, et le caractère salubre de son air sec attira ensuite des populations saisonnières (malades, riches vacanciers, retraités) qui s'y installèrent pour profiter de ses doux hivers.
Aujourd'hui la ville a abandonné le secteur primaire et axe son développement sur le tourisme, ses universités renommées et des secteurs industriels de pointe.

L'étalement, l'extrême banalité et l'esprit anti-urbain radical de la ville fournit une seconde clé de compréhension du phénomène urbain de Phoenix.
Ainsi, Les titanesques efforts qui permirent l'installation humaine sur le site n'ont pas généré un mode d'établissement économe : étalement, aberrations énergétiques sont les plaies de son développement.
Sous le concept de "villages urbains" des municipalités périphériques ont ainsi développé des "produits" urbains de niche très attractifs à l'échelle nationale. Aux lisières de la ville le mouvement de dilatation du "blob" peut se lire facilement. Les cactus recule, suburbia avance.





Tucson, Taking measures across the american Landscape

"Taking Measures Across the American Landscape", le livre de Alexander Mc Lean et James Corner a connu dès sa sortie un succès important.
Popularisé auprès des architectes, par Koolhaas dans S,M,L,XL et Mutations le travail du photographe a fourni des images définitives et puissantes aux concepts d'étalement urbain, de territorialisation et d'artificialisation spécifiques à une certaine forme de développement urbain.
Appliqué à l'amérique, il met en question les choix de société, le rapport à la technique, à la nature.
Présentes dans ses livres, les images aériennes des centaines d'avions bombardiers réformés par l'armée américaine ont beaucoup marqué.
Ces avions obsolètes, démilitarisés ou pas attendent d'ultime recyclage à Tucson, dans le désert de l'Arizona.
Autour de la Davis Monthan Air Force Base, nous observons cet après-midi l'étrange cimetière.

Depuis le sol, la concentration est moins lisible mais une sensation physique, presque inexplicable, se dégage de cet horizon de carcasses menaçantes ; un désastre technique, une fin du monde en cours, une apocalypse possible.

Un jour peut-être, ne restera-t-il plus, au cœur du désert sec et chaud du Nevada, que cette flotte colossale de B52, scellés et condamnés ; à tout jamais sans pilotes.







dimanche 1 juillet 2012

Tombstone Global Cowboy

Chaque culture génère son folklore, chaque folklore génère ses clichés.
Dans le marché du tourisme global, le cliché du cow-boy attire le public.

Voici, Tombstone Arizona, le souvenir d'une fusillade (OK Corral), d'un shérif courageux (Wyatt Hearp), d'un passé glorieux (des mines d'argent prolifique) et une structure urbaine plus ou moins conservée.
Quelques maisons d'adobe, des cabanes de planches (souvent reconstituées au XXe siècle à la suite d'incendies), et autant d'habitants que d'acteurs (souvent très convaincu de leur rôle) contribuent à perpétuer et à vendre le mythe.
Plus loin des parkings et des hôtels franchisés, tous les jours à 14h30, la reconstitution de la fusillade.