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samedi 18 août 2012

Multnomah Village

"Multnomah Village : The village in the heart of Portland"
La pancarte n'est pas mensongère. Avec ses commerces de proximité, sa structure typique de "Main Street" à petit échelle, ses associations locales ou ses jardins communautaires, le Multnomah Village constitue bien un morceau à part dans agglomération.
Une fois par an, les 6000 et quelques habitants de ce quartier résidentiels du sud de l'agglomération sont même conviés à la parade. De joyeuses septuagénaires habillées en Pom Pom girls portent haut les couleurs de la communauté.
Puisque on vous dit que Portland est définitivement à part....






dimanche 12 août 2012

Portland Hipster City : from Hawthorne Blvd to Division St, from Clinton to Alberta St

Weird, non alignée et indépendante, la ville de Portland concentre presque naturellement une importante communauté de "hipsters".
Jeans étroits et chemises à carreaux, grosses lunettes vintages et tatouages discrets, moustache ou barbe pour les garçons, vélo à pignon simple ("fixie") et labtop de chez Apple, le look streetware sage des hipsters de Portland semble tout droit sorti du dernier catalogue d'American Apparel.

Sur la rive Est de la Willamette River, plusieurs rues font figure de lieu de rassemblement.
Dans le très branché "South-East Portland" on retrouve Hawthorne Boulevard, Division Street et  Clinton Street.
Plus au Nord, Alberta Street et Mississippi avenue sont d'autres lieux de rassemblement.



Ces espaces ont de nombreux points communs. Boulevards commerciaux, ils organisent un alignement de commerces et de restaurants branchés sur lesquels s'adossent des quartiers de maisons individuelles. Plutôt pauvres à l'origine, ces quartiers se gentrifient à grande vitesse : nouvelles pratiques pour de nouvelles populations


Sur Alberta Street, un panneau rappelle la cruelle réalité historique qui a contribué au moindre-développement de ces secteurs dans les années 60 et 70 : la pratique de du "red lining" autour des ghettos noirs : "Portland's historic Redline District. In Portland's past, "redlining" practices created exclusionary zones for "Negroes and Orientals," by real estate, banking and insurance companies. Agents could lose their licenses for crossing this color barrier. Now urban gentrification displaces low-income families, as the remaining affordable housing stock in this area disappears."

Ces quartiers, très attrayants, attirent une population importante : de nombreux chantiers de petits immeubles collectifs sont en cours. Ici la gentrification "cool" s'accompagne donc d'une densification.
Café Latte et micro-brasseries sur les terrasses des boulevards, maisons délabrées et fraichement rénovées sur les espaces arrières : la photo instantanée révèlera des quartier mixtes.

Fermez les yeux un instant (ou revenez dans quelques temps) et tout aura changé.








PS : Ces lieux sont définitivement très drôles et très intéressants.
Infos glanés au passage.
Des riverains du Hawthorne Boulevard se sont mobilisés avec succès il y a quelques  années contre la construction d'un restaurant Macdonald's. (José si tu nous lis....)
Le groupe de musique du MarchFourth Marching Band a écrit une chanson,  "Fat Alberta",  sur la gentrification de la Alberta Street.
Les rues de Clinton et de Division possèdent leur propre syndicat d'initiative : la Clinton/Division Business association.


samedi 7 juillet 2012

Paolo Soleri's Arcosanti

Suite du blog précédent : "Paolo Soleri's Cosanti".

A 110 km au nord de Phoenix, Paolo Soleri et son groupe ont développé à partir de 1970 un projet d'arcologie à grande échelle : Arcosanti.


Ce laboratoire urbain, entre la superstructure habitée et l'"écovillage" regroupe une communauté intentionnelle, accrochée dans un ravin dans la minuscule ville de Mayer.


Le site officiel d'Arcosanti décrit comment les principes de l'Arcologie sont appliqués ici : "Les bâtiments et le vivant interagissent ici comme des organes le feraient chez un être vivant hautement évolué. De nombreux systèmes fonctionnent de concert avec la circulation efficace des personnes et des ressources, les bâtiments multi-usage et l'orientation solaire qui fournit l'éclairage, le chauffage et le refroidissement des habitations."

Lieu extra-ordinaire s'il en est, ce faisceau au futurisme daté semble s'être encastré un jour dans les roches noires de l'Arizona. En fait sa construction s'est étalée jusqu'à aujourd'hui au gré des chantiers participatifs et des workshops.

L'objectif de départ correspondait à une communauté autonome de 3000 à 5000 habitants.
En réalité, la population varie entre 70 et 120 personnes (le nombre d'étudiants, de chercheurs ou de salariés varie avec le temps) et la productivité agricole ne permet pas l'auto-subsistance (des serres irriguées pas les puits existants sont prévues dans le valon orienté sud mais n'ont pas encore été réalisées).
La communauté est ouverte et accueillante. L'ambiance sur place est vivante et chaleureuse.
Des jeunes discutent dans la cafétéria fraîche et non climatisée. Les tableaux énumèrent les objectifs de la collectivités. Des annonces pour des groupes de discussion libres côtoient des proverbes philosophiques ou les répartitions des tâches.

Ici et là on refait le monde dans le désert. Paolo Soleri ne vit plus à l'année à Arcosanti depuis le départ de ses enfants. Il écrit toujours à Phoenix. Ici les gens sont émus quand ils évoquent ce fondateur de 92 ans.

Nous serions bien resté quelques semaines dans ce vaisseau de béton, à penser l'économie du sol et la densité à 100 km d'une des métropole les moins dense des Etats-Unis. Dans la voiture qui nous amène à Las Vegas, cette histoire d'architectes du désert nous donne à penser.
De Wright à Soleri, et de Soleri à Bruder, la terre de l'Arizona est plus féconde que ce que nous l'imaginions au départ.

Dans le rétroviseur, la carcasse d'Arcosanti nous convainc de l'importance absolue des utopies concrètes et nous confirme leur irrémédiable innocuité.







Extrait wikipédia :
Parmi les bâtiments notables qui existent actuellement à Arcosanti, on trouve un centre d'accueil des visiteurs (qui fait également office de café et de boutique de souvenirs), une abside (un demi dôme) en bronze moulé soigneusement située de manière à capter le maximum de lumière en hiver et le minimum en été, deux voûtes en berceau, une série d'appartements résidentiels disposés autour d'un amphithéâtre extérieur, une piscine publique et la résidence de Paolo Soleri. Le point culminant du complexe est occupé par la "Sky Suite" qui comprend deux chambres disponibles pour les invités désireux de passer la nuit sur place.

mardi 3 juillet 2012

Phoenix : welcome in "Sun City"

1er janvier 1960, devant son golf flambant neuf, son centre d'animation et ses 5 maisons d'expos, un homme est anxieux.
Del Webb, promoteur immobilier originaire de Californie joue gros. Ce professionnel aguerri en a pourtant déjà vu d'autres. Pendant et après la seconde guerre mondiale il s'est enrichi via des contrats immobiliers à grande échelle : camps d'internement pour les citoyens américains d'origine japonaise en 1942 à Poston, l'hôtel Flamingo pour le mafieux Bugsy Seagel à Las Vegas (avec qui il garda semble-t-il des liens d'amitiés et d'intérêt par la suite), quartiers résidentiels bas de gamme pour GI dans la région de Tucson en 1948, ... L'homme a de l'expérience, des relations dans tous les milieux et son groupe a les reins solides... N'importe la tension est là

En moins de sept mois, sur une large pièce de désert et de champs irrigué, à 12 miles du centre de Phoenix,
sa compagnie vient de créer le noyau de la première communauté de retraite active ("active retirement community"). Effaçant ici les traces de la ville abandonnée de "Marinette", le projet est très ambitieux. Il correspond à un concept nouveau, qui a connu d'autres essais dans le Sud des Etats-Unis, mais que personne n'a jamais esquissé à cette échelle.

La veille au soir, le 31 décembre 59, ses principaux directeurs ont refait les comptes. Le vice-président a demandé "How the hell I'm going to get a 30-year mortgage for a guy 60 years old ?", pensant à la journée du lendemain le directeur de projet a demandé "What if nobody comes up ?"

Durant les trois jours qu'ont duré le lancement de l'opération, plus de 100.000 personnes se sont déplacées et 237 maisons furent réservées. Plus de 50 ans après on parle ici de la "vision" de Del Webb et l'entité qu'il a esquissé ce jour là regroupe 40.000 habitants. Welcome to The Sun City.

Paul Hermann, le directeur exécutif, nous en explique les principes.
Les règles de base sont simples :
- dans chaque foyer, une personne au moins doit avoir plus de 55 ans
- aucune personne de moins de 19 ans ne peut vivre de façon permanente à Sun City
- les visites des petits enfants sont autorisées dans une limite de 90 jours maximum
- tout acquéreur de maison à Sun City devient un membre de la communauté des copropriétaires
- les copropriétaires ("home owners") sont en charge des codes et restrictions.

Sun City est une "town" et non une "city" ce qui implique qu'elle n'a pas de représentants élus. Cet ensemble urbain immense est donc une communauté autogérée destinées exclusivement au personnes âgées.

La particularité du concept tient dans la notion de "active retirement". Dans les autres programmations (comme dans le quartier voisin de Youngtown), l'entre-soit ne s’accompagnait pas d'activités communes. "There you'll just have to sit under your poarch and wait to die." résume Paul Hermann.

Avec ses 13 églises, sa synagogue, ses 16 centres commerciaux, ses 7 centres de loisirs (proposant une cinquantaine d'activités différentes), ses deux hôpitaux et ses 11 golfs (classe "executive" ou pas), l'ambition a été de créer ici un nouveau mode de vie pour un nouvel age de la vie. Dans cette "City of Volunteers" tout est bon pour générer la rencontre. Une citation du fondateur est présente partout "steel and lumber can make the buildings, but people make the community."

Les maisons basses sont réputées pour leur caractère totalement transformable (pas de porteur interne) et comme le vante le film promotionnel, la ville serait "One of the best value for your retirement money.
Le quartier n'est pas fermé, comme l'indique pourtant encore beaucoup de références, même si certains programmes immobiliers le sont. Les alignements de maisons dans de grandes rues circulaires et concentriques (qu’Alexander Mac Lean a fait connaître) sont accessibles librement. Les golfs sont installés en continuité des parcs ou des rues. Une noria de voiturette de golf électriques parcourt d'ailleurs le quartier. Des voies spéciales sont réservées à ce mode de déplacement local.

Ici tout le monde est âgé et les profils croisés sont parfois impressionnants de vitalité. Des sexagénaires achètent, transforment et vendent des maisons, des septuagénaires animent les centres de loisirs, des octogénaires golfent sans fin et des nonagénaires marchent à petit pas, en couple qui se tiennent la main.
Dans certaines familles, trois générations de retraités se sont succédées ici.

Dans ce quartier sans école, sans enfants, sans services sociaux, sans institutions publiques, les charges et impôts ont été réduits au minimum. Des sociétés privées s'occupent de l'eau et des déchets, le compté de la police et de la lutte contre le feu.

Pour beaucoup, Sun City est un projet égoïste. Ici un certain renoncement au vivre ensemble et à la citoyenneté, permet d'accorder aux habitants les plus bas tarifs de l'agglomération pour le golf.
Pour beaucoup, Sun City est un projet destructeur, consommateur d'eau et d'énergie au-delà du raisonnable.
Pour certains, Sun City est un succès car le concept de retraite ensoleillée et pas chère continue de séduire.
Pour d'autres, l'avenir de ce modèle est incertain. La crise des sub-primes a beaucoup impactée le marché local et les grandes enesignes commerciales rechignent à investir dans cet ensemble immobilier de niche.









PS : Paul Hermann évoque les visites qu'il a reçues et les voyages qu'il a réalisé pour présenter et défendre ce concept de vie. Dans le marché global qu'est celui de l'âge, ces ensembles s'appellent des "Silver town". En Asie, Chinois et Coréens s'intéressent. Politique de l'enfant unique et faible fécondité oblige, le sujet de l’accueil de la vieillesse dans la ville s'impose. Le rapport à la terre ne permettra (heureusement) pas d'appliquer un tel modèle en Chine. Mais pas de problème pour l’Amérique car conclut Paul Hermann : "We've got so much land here !"